Beatrice Bichsel, membre de la direction du groupe et responsable de CFF Immobilier, explique dans cet entretien l’importance du portefeuille immobilier pour les CFF, ses attentes vis-à-vis des partenariats stratégiques et pourquoi une collaboration engageante et fiable est essentielle dans l'exploitation des gares.
Beatrice Bichsel, qu'est-ce qui vous fascine aux CFF ?
Les chemins de fer en Suisse sont un système complexe et les CFF une entreprise passionnante et très diversifiée. J'aime la manière dont la mobilité et le développement territorial s'imbriquent chez CFF Immobilier : chaque jour, des milliers de trains circulent à l'heure et à des horaires très serrés. Les gares sont situées au cœur des villes, ce sont des lieux de rencontre centraux et des plaques tournantes de la vie quotidienne. Cette interaction est unique et fascinante.
Quelles sont vos responsabilités ?
Je suis membre de la direction du groupe et, en tant que responsable de l'immobilier, je suis chargée du portefeuille immobilier des CFF. Il se divise en trois domaines : les gares, les bâtiments utilisés par l'entreprise comme les ateliers, les bureaux ou les locaux sociaux, et les terrains autour des gares.
Quel est l'objectif concret du développement des sites ?
Nos développements de sites associent la mobilité à l'urbanisme et à l'aménagement du territoire. Nous gérons les flux de circulation, optimisons les trajets de correspondance et créons de nouveaux espaces de vie. Pour ce faire, nous travaillons en étroite collaboration avec les villes et les communes.
Quelle est la taille du portefeuille immobilier desCFF ?
Nous gérons environ 2600 bâtiments dans toute la Suisse, dont 800 sont des gares et des arrêts. A cela s'ajoutent environ 150 projets de placement en cours de planification ou de construction.
Y a-t-il un bâtiment qui vous plaît particulièrement ?
Les gares me fascinent fondamentalement. Il existe dans chaque région des bâtiments à l'architecture passionnante, parfois classés monuments historiques, qui posent des exigences élevées en matière de planification et d'exploitation. J'aime par exemple la gare de Lucerne, notamment sous la lumière du soleil, directement au bord du lac, avec son architecture ouverte.

Quelle est l'importance du portefeuille immobilier pour les CFF ?
Une très grande importance. Les gares marquent la première impression de nos clients, elles sont les portes d'entrée du chemin de fer et donc la carte de visite des CFF. Les bâtiments d'exploitation sont au service des collaborateurs : Ils doivent se sentir à l'aise et pouvoir effectuer leur travail de manière professionnelle et efficace. Et les gares et les objets de placement fournissent une contribution financière importante : chaque franc gagné reste dans le système ferroviaire. Nous versons chaque année des paiements compensatoires d'un montant à trois chiffres en millions à l'infrastructure et contribuons à la stabilité financière des CFF.
Comment garantissez-vous une exploitation durable et efficace de votre portefeuille ?
Un facteur important réside dans l'intégration précoce du Facility Management. Dès la planification, l'exploitation, la maintenance et la durabilité doivent être systématiquement prises en compte. Pour nous, la durabilité est essentielle dans trois dimensions : écologique, économique et sociale.
Les CFF dans leur ensemble ont pour objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 60 pour cent d'ici 2030 par rapport à l'année de référence 2018, et de parvenir à un bilan net nul d'ici 2040. L'exploitation des bâtiments apporte une contribution très importante à cet égard. Nous remplaçons par exemple systématiquement les chauffages au fioul et au gaz et modernisons environ 75 installations par an.
"Les gares sont des lieux de rencontre centraux et des plaques tournantes de la vie quotidienne".
Beatrice Bichsel, membre de la direction du groupe et responsable de CFF Immobilier.
Quelle est l'importance de partenaires fiables et contraignants en matière de facility management pour les CFF ?
Des partenaires fiables sont essentiels. Ils fournissent des prestations importantes à nos clients et à nos collaborateurs. Il y a quelques années, nous avons examiné la chaîne de création de valeur et décidé de miser sur notre propre personnel dans les 120 gares les plus fréquentées par les clients. Partout où nous pensons que des tiers peuvent accomplir ces tâches complexes plus efficacement que nous, nous faisons appel à des prestataires de services externes. Dans ce contexte, le professionnalisme, l'engagement, la fiabilité et les compétences en matière de sécurité sont importants pour nous.
Qu'attendez-vous d'un partenaire FM ?
La qualité, un rapport qualité-prix équitable et une orientation vers les solutions sont décisifs. Nous apprécions les partenaires qui prennent leurs responsabilités, abordent ouvertement les problèmes et développent des solutions avec nous. Nous sommes toujours heureux de recevoir des propositions et nous attendons de nos partenaires qu'ils nous proposent des idées pour améliorer nos processus. De tels partenariats, comme celui avec ISS, constituent la base d'une exploitation des gares sûre, propre et fonctionnant sans problème.
Quel est le rôle de la numérisation dans la gestion immobilière ?
Elle est centrale. Nous avons renouvelé notre environnement système et créé ainsi une base de données fiable pour nos activités commerciales. Nous avons mis en place une plateforme de gestion de la relation client et des locataires et nous faisons avancer l'utilisation de la BIM* - de la planification à l'exploitation. Le BIM nous fournit une documentation numérique continue sur les bâtiments. Nous disposons ainsi très tôt de données de grande qualité, pouvons mieux préparer l'exploitation et concevoir des processus plus efficaces.
Qu'en est-il de la robotique dans les gares ?
Nous testons en permanence de nouvelles technologies. Mais nous constatons que dans le quotidien vivant des gares, les personnes donnent un visage à nos prestations, qu'elles peuvent réagir de manière flexible et qu'elles sont actuellement aussi plus efficaces que les robots de nettoyage. Nos gares sont actuellement trop complexes pour la robotique et tout simplement trop fréquentées. Nous voyons toutefois un potentiel dans le nettoyage des façades ou dans les zones à accès limité. Ce qui est important, c'est que la technologie doit soutenir. L'homme reste central.
Quelles sont les trois choses qui vous faciliteraient le travail ?
Je souhaite à nouveau plus de pragmatisme dans les procédures de planification et d'autorisation, car dix ans et plus pour classer un site en zone constructible, c'est tout simplement trop long. Je souhaite que le secteur du FM soit encore plus orienté vers le client, comme c'est le cas dans l'hôtellerie. Et troisièmement, l'estime de la société pour les professions opérationnelles me tient à cœur. Le travail de ces personnes est indispensable à notre quotidien, et cela devrait être davantage reconnu.